mercredi, avril 12, 2006

LA CARTE DU JEU

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samedi, avril 08, 2006

LES MACARONIS DE TCHA TCHE

C’est dans cette même salle à manger que mon frère Jean, au mépris des avertissements paternels avait continué à se balancer sur une chaise devant la double porte vitrée et avait fini la tête dans la menuiserie et les petits carreaux déclenchant la colère parentale.
Tcha Tche notre grand-oncle maternel s’était lui aussi illustré dans cette pièce en laissant tomber dans un magnifique plat de macaronis gratinés une bouteille qui s’y était brisée en mille morceaux.
Le plat jeté à la poubelle, laissant les convives sur leur faim, Tcha Tche s’était juré de ne plus jamais toucher à un plat de macaronis.

L'ARABE FOU ET LES HIRONDELLES SOUS L'ORAGE MENACANT

Les fins d'été orageuses, nous ravissaient. L'après midi radieuse de lumières, se transformait soudain, alors que la chaleur nous brulait encore quelques minutes plus tot, en soirée d'un gris sombre aux contrastes improbables.
Sous un ciel de nuages menaçants auxquels le soleil donnait des teintes étonnantes de gris et de violet profond, nous regardions voler, de plus en plus bas, les hirondelles dont les cris aigus nous remplissait de joie, et dont les plumes frolaient nos cheveux à chaque passage.
Dans ce décor irréel, nous courrions en criant dans la rue, passant d'un trottoir à l'autre, tenant à la main d'immenses rameaux d'épines blanches pour essayer d'y clouer un vol d'hirondelles.
Ce jeu cruel était l'objet d'un enjeu macabre dont sortait vainqueur celui qui accrochait les premières gouttes de sang sur son bouquet d'épines.
Image étrange du souvenir de cet après midi d'aout algérien, un cheval lancé au galop dans la rue se superpose, sans que je ne puisse assurer s'il est partie de la réalité ou s'il est hérité de rêves ultérieurs.
Des groupes d'enfants supportent de leurs cris, chacun dans leur langue, les héros de leur communauté. Une petite fille, le visage couvert de marques de henné, la chevelure rouge cuivre traversée par les bourrasques d'un vent de plus en plus violent me regarde de ses yeux dont la noirceur annonce la pluie imminente.
Lancé à la poursuite du cheval, un arabe fou de notre voisinage est violemment interpellé par des hordes d'enfants.
Il s'arrête et engage avec nous une conversation dont je ne saisis pas le sens. Bientot, il est la risée de tous et je comprend qu'on cherche à lui faire croire qu'une souris au quel qu'autre animal est entré dans ses vêtements.
Le visage ravagé par la peur il se déshabille en hate, charchant à chasser l'animal imaginaire.
Des femmes sortent en hurlant des maisons avoisinantes pour le protéger de nos jeux, et vilipender notre cruauté d'enfants stupides.
Les hirondelles crient de plus en plus forts comme pour venir en aide à ces mères choqués de notre comportement, le vent souffle de plus en plus, et la pluie rageuse vient mettre un terme à cette folie d'un après midi d'été.

UNE CORRIDA SUR DES CHAISES

LE SAPIN DE NOEL

DEVANT LA MAISON

Le seuil de la maison, était souvent pour moi un lieu d’apprentissage et de découverte. Les jeudis matins, j’accompagnais souvent ma mère à la porte alors qu’elle allait ouvrir au facteur ou raccompagnait quelque visiteur venu pour traiter des affaires de l’entreprise paternelle.
Le facteur, un algérien à la mine rubiconde et au regard perçant, nous livrait toujours ses analyses sur la situation de l’Algérie.
Je me rappelle ce matin où la voix rythmée par le roulement des r de son accent il avait dit, en nous regardant fixement de ses yeux gris qui semblaient vibrer alors qu’il déroulait son argumentation :
- l’Algérie c’est comme un poulet rôti, y’en a un qui dit moi je veux la cuisse, l’autre qui dit moi aussi, l’autre y veut l’aile, un autre le blanc, et finalement le pauvre poulet rôti il est esquinté, chacun y veut un bon morceau !

Ses analyses imagées me donnaient à réfléchir et je cherchais comment il pouvait parvenir à imaginer ces exemples pertinents que je n’avais jamais entendus jusqu’alors. Ma conception des choses et des gens était heurtée par la justesse des propos dans la bouche de ce modeste facteur, fonctionnaire souvent cité comme un modèle d’intégration dans cette société franco algérienne que nous défendions contre tout mais dont l’avenir était de plus en plus difficile à imaginer avec les événements.
A l’inverse, les visites du banquier ou du comptable me laissaient des sentiments plus difficiles à cerner.La visite du comptable, Monsieur Benacoca, signifiait pour ma mère de longues heures passés assise au bureau à compulser dans tous les sens des liasses de papier correspondant aux obligations sociales et fiscales que mes parents tenaient à respecter. Dans ces moments, la silhouette fine de maman, toujours serrée dans un tablier qui accentuait son aspect frêle et fragile, se courbait sous ses épaules qui semblaient porter la charge des obligations financières que des marchés aléatoires et des clients pas toujours réguliers mettaient hors d’atteinte. Pour elle cela signifiait de longues heures de travail à sa machine à coudre pour compléter les rendements irréguliers de l’activité de maçonnerie de mon père.
Un matin alors que nous étions tous les deux devant le pas de la porte, le banquier de l’entreprise s’était arrêté pour une discussion interminable dont je ne comprenais pas la moitié des mots.
Ma mère semblait soucieuse et le banquier mal à l’aise. Cet homme grand et anguleux au regard vague derrière de grandes lunettes se tenait face à nous dans son costume gris. Il se balançait sur ses longues jambes ramenant sans arrêt en arrière ses cheveux que le vent rabattait sur ses yeux. Il fumait cigarette sur cigarette en les tenant entre son annulaire et son majeur couvrant son visage de sa main à chaque bouffée qu’il aspirait avec un bruit sourd de respiration. Excédé par sa propre respiration il agitait frénétiquement sa boite d’allumettes dans sa main libre comme s’il voulait couvrir la conversation par le bruit qu’elle produisait.
Soudain il la lança au loin sur le trottoir, je me précipitais pour la ramasser mu par je ne sais quelle intention et au moment ou j’ouvrais la boite j’entendis sa voix me dire :

- Non ! laisse les, elles sont usées !

Je constatais en effet que toutes les allumettes de la boite étaient brûlées.
Après cet incident il remonta dans sa voiture et nous quitta sans nous dire au revoir.
Je devais apprendre plus tard que cet employé indélicat avait été à l’origine de difficultés financières pour mes parents dont il gérait les comptes avec une conception particulière de l’intérêt des clients qu’ils étaient.

LE COUVRE FEU

Un soir, alors que ce cérémonial avait pris fin, et que les bruits autour de la maison s’étaient stabilisés puis estompés dans le noir, frottements non identifiés, passage assourdi de groupes furtifs dans le lit de l’oued, glapissements lointains de chacals, un orage violent éclata sur le village anesthésié sous le couvre feu.

Nous étions restés immobiles dans le couloir avec ma mère et mon oncle, attentifs une dernière fois, attendant le moment de prendre notre infusion du soir pour rejoindre nos chambres.
Dans cet univers de sons étouffés sous la pluie, le ronronnement régulier d’un moteur montait dans la nuit. Il se rapprochait inéluctablement de la maison devant laquelle il s’arrêta dans un dernier hoquet.

Cet événement inattendu nous interrompit dans notre veille, et nous fit oublier notre infusion qui attendait sur la petite table du bureau.

Nous n’étions que trois dans la maison, mon père travaillait dans le sud, mes frères étaient au collège à Oran sauf mon frère aîné qui effectuait son service militaire à Teniet El Hadj dans l’Ouarsenis.

En file indienne, ma mère Tcha Tche et moi fermant la marche, nous nous rapprochions au plus près de la porte et attendions que le conducteur du véhicule se manifeste.

Une vois assourdie nous parvint au travers de la porte et de l’épais rideau de black out :

- c’est Mathilde !

Aussitôt ma mère se précipita pour ouvrir et refermer la porte, juste le temps nécessaire pour permettre à Mathilde de rentrer rapidement et discrètement dans la maison.

L'HUILE DE FRITURE DE TCHA TCHE

Dehors, Il faisait très chaud bien qu’il soit déjà plus de 18h00. Le soleil rasant entrait par la fenêtre au-dessus de l’évier dont il jouait avec la céramique blanche pour inonder la pièce de sa lumière crue.

Deux bouteilles de verre remplies de l’huile de friture que l’on filtrait après usage étaient posées devant la fenêtre et magnifiaient les rayons du soleil d’un jaune verdâtre.

De retour d’une tournée mémorable avec son ami Damian, Tcha Tche, mon grand oncle maternel, encore sous le coup de la soif malgré les nombreuses anisettes ingurgités avait vu dans ces bouteilles, dont la couleur sombre lui disait qu’elles devaient contenir du vin, le moyen de finir en beauté le marathon alcoolisé du dimanche. Ce n’est qu’à mi bouteille que ses papilles ont transmis à son cerveau embrumé le signal lui précisant qu’il venait d’avaler un demi litre d’huile de friture.
Cette purge auto administrée, dont les conséquences furent quasi immédiates, fait encore rire toute la famille aux dépens de notre grand-oncle fantasque

LES SECRETS DE L'ARMOIRE

SUR LE TOIT DES BELDA

LA HACHE BRISEE

LA CHAMBRE DES PARENTS

LA FOURCHE DE TCHA TCHE

Dans la maison d’Aïn-El-Arba, j’imaginais Maman seule avec Tcha Tche et Mathilde.
Tcha Tche, comme à son habitude depuis quelques mois, avait du bloquer la porte principale avec une fourche.
Cette pratique ne soulevait guère d’enthousiasme mais faisait partie des initiatives intempestives auxquelles notre grand-oncle nous avait habitués. J’avoue que nous autres enfants, nous les regardions avec un œil bienveillant. Il n’hésitait jamais à nous solliciter pour leur mise en œuvre, considérant que cela aussi faisait partie de son apport personnel à notre éducation.

La théorie de Tcha Tche est qu’une fourche de cette taille qui tombe sur le carrelage sous la poussée d’un envahisseur mal intentionné provoque un tel raffut dans la nuit, qu’elle constitue à coup sur la meilleure des alarmes et le meilleur des repoussoirs contre les intrus.
(SUITE DANS LE POST "LE COUVRE FEU")
Dans cet enchaînement de mouvements brusques, la fourche était tombée sur le carrelage faisant un raffut propre à réveiller ceux qui ne l’étaient pas encore.
Cette bourde supplémentaire fut aussitôt mise à l’actif de notre grand-oncle.

UNE SURPRISE PARTIE A LA MAISON

Sous la treille, Jean mon frère aîné, officiellement fiancé à Mathilde, organisait quelquefois des surprises parties avec l’assentiment des parents. Le sol de terre blanche éclatant sous la lumière artificielle, les dessins réguliers tracés méticuleusement à la boucharde à rouleau sur le ciment des bordures, la nuit qui se découpait au travers des feuilles de la vigne, l’odeur fraîche du vent qui dans l’obscurité semblait monter le long des ceps à l’écorce ridée, tout contribuait, ces soirs là, à faire chanter la musique d’une façon indescriptible, et à pousser nos éclats de rire dans le soir.
La chambre attenante, dont la fenêtre était ouverte, abritait le tourne disques, on disait aussi le pick up. Bien qu’officiellement interdits de séjour dans ces divertissements pour grands, mon frère Damien et moi y assistions cachés à plat ventre sous l’un des lits, poussant même notre audace jusqu’à débrancher le tourne disques aux moments les plus intenses de la fête.
Pour être franc, je dois préciser que j’avais quelquefois un rôle dans ces fêtes. Ma future belle sœur insistait souvent pour que j’interprète devant l’assemblée, la chanson El Beso en España.
Cette chanson décrit comment la femme espagnole use du baiser comme le symbole de son attachement à l’amour véritable. Un baiser que l’on ne donne jamais par hasard mais uniquement lorsque l’on a rencontré l’homme que l’on aime.
Ces paroles que je ne comprenais pas vraiment, suscitaient des rires nerveux lorsque je les chantais et surtout l’ironie des adultes devant la naïveté du chanteur.
A l’époque, Joselito, l’acteur et l’enfant à la voix d’or jouissait d’un grand succès. Mes parents de culture espagnole écoutaient ses chansons, et celles des grands de la chanson espagnole, Manolo Escobar, Juanito Valderrama, mais aussi Gloria Lasso et Los Marcelos Ferial avec leurs reprises de Cuando calienta el sol, et de el Berebito.

Mon père, lui, de sa voix forte et bien placée, nous enchantait en reprenant la chanson El emigrante dont on savait qu’elle le faisait vibrer tant elle lui rappelait sa propre histoire.
Une main grande ouverte devant ses yeux, l’autre qui balayait l’espace devant lui, il plissait son front pour chanter :

- Cuando salí de mi tierra, volví la cara llorando, porque lo que más queria atras me lo iva dejando

(quand j’ai quitté ma terre, j’ai tourné la tête en pleurant, tout ce que je désirais le plus au monde, le l’abandonnais derrière moi !)

Il marquait à ce moment là, entre chacun des vers, un silence, comme hésitant à prononcer ces mots graves et lourds de sens.

Toutes ces chansons constituaient le répertoire familial, que nous connaissions par cœur et chantions à tue tête avec nos parents lors des déplacements en voiture.
Bien entendu, lors de ces surprises parties, les musiques nostalgiques cédaient rapidement la place aux rythmes à la mode, le rock’n’roll et le twist.
A l’occasion de ces surprises parties, nous avions découvert avec intérêt les talents de twister de notre cousin Christian.
Un genou à terre, ses jambes maigres serrées dans un pantalon bleu marine, il laissait onduler son autre jambe au rythme de la musique tandis que ses bras et sa tête s’agitaient à contretemps.
Sous les applaudissements, il reprenait à l’envie sa démonstration.

MA PREMIERE BOUTEILLE D'HEPAR

LA TORTUE A BU DE LA THEREBENTHINE

LES FLECHETTES MAISON

MES PARENTS ET LE BEBE INCONNU